Partager l'article ! ARTS PLASTIQUES AU COLLEGE DE TUBUAI: Petite piqûre de rappel : il y a 12 ans, nous vivions à Strasbourg, Philippe étant professeur ...
Petite piqûre de rappel : il y a 12 ans, nous vivions à Strasbourg, Philippe étant professeur d'EPS et moi responsable d'agence d'intérim dans l'événementiel... Puis paf! mutation en Martinique où le nombre d'évènements ne justifie pas la création d'une société du genre. Fallait trouver autre chose. J'avais quand même réussi à terminer une maîtrise en langues étrangères avant notre départ et j'ai pensé que rentrer dans l'enseignement pouvait coller à notre situation. J'ai donc déposé un dossier au rectorat de Martinique qui a fait appel à moi cinq années en anglais ou en espagnol (voire les deux en même temps...) en tant que contractuelle et j'avoue que cela me convenait bien.
Puis mutation pour la Polynésie Française (heu, Ua-Pou plus précisément, ça calme) et j'apprends qu'en Polynésie il sera impossible pour moi de travailler... pas graaaave, j'ai d'autres chats à fouetter car je suis enceinte jusqu'aux dents et prépare mon accouchement sur Tahiti! Mais dès la deuxième année, on fait appel à moi car sur une île de 2000 habitants, pas d'autre plus qualifié (ni moins d'ailleurs) et personne ne veut venir à Ua-Pou de Tahiti non plus (pourquoi?). Donc, j'enseigne l'anglais en CETAD (un truc entre la SEGPA et le CAP), un niveau qui ne possède aucun manuel... au boulot!
Arrivés à Tubuai, rebelote : pas d'espoir de travail. Et puis, finalement, on me propose de remplacer une prof de Français/Histoire-Géo/VSP au collège et au CETAD (3 matières, 4 niveaux, tout va bien!). Si vous avez suivi mon histoire, vous avez retenu quelles étaient mes spécialités... oui, mais là nous sommes en Polynésie. Enseigner comme contractuelle, c'est un peu comme faire du 4x4 : faut passer partout. Et comme je suis d'un naturel anxieux, j'vous dis pas les tonnes de preps pour compenser et être à la hauteur devant les élèves. Encore, j'avais des diplômes mais quand on est sur les îles éloignées, on peut très bien voir un niveau bac propulsé devant une classe de 30 élèves (bon, là, ça ne peut pas être un popa'a). Quelques cheveux blancs plus loin, l'année se termine et je me suis vraiment plu à enseigner le Français. Et en plus je me suis fait une copine : la prof que j'ai remplacée!
Cette année, du boulot dès la rentrée mais cette fois-ci en Français/Arts Plastiques (4x4 double-cabine pour moi!) mais que en Collège : ça ne fera "que" 2 matières sur 4 niveaux. Re-stress... et je vais leur faire quoi en Art Pla? C'est fini la feuille de Canson et les feutres (sisi, je suis allée voir les textes et pas que les textes d'ailleurs et je me suis endormie dessus...). C'est comme si on vous disait de conduire une voiture mais vous ne savez pas conduire. Bon, vous allez prendre des cours. Oui, mais moi j'avais deux jours pour prendre des cours et ne pas être ridicule devant les élèves. Je crois que le truc qui m'a sauvée c'est que ça m'a plu d'entrée (un peu comme un machin inassouvi, une part créative coincée dans un tiroir) et j'avais trop souvenir de l'époque où j'étais au collège, quand sévissait justement la mode du dessin sur papier Canson (je ne pouvais pas répéter le schéma, horreur!!!!).
Alors j'ai fouiné (en Français aussi d'ailleurs!), j'ai bossé, je me suis prise au jeu (pris la tête aussi) en m'inspirant des meilleures réalisations de collègues en métropole, en absorbant des sites sur l'Histoire de l'Art (ma chance : module intégré au brevet des collèges cette année, juste pour moi, dis donc!) et en me rappelant mes visites de musées (merci les MAM) et mes propres goûts en matière de peinture, sculpture et photos.
Je vous livre quelques productions d'élèves (Anik.K et Isabelle, ne me jugez pas trop durement) pas pour montrer mon travail mais parce que je suis fière de leur travail, parce que les Polynésiens ont un sens inné de la création et j'ai été bien des fois bluffée par l'étonnante qualité de ce qu'il m'ont rendu. De très bons moments comme on aimerait en avoir plus souvent dans d'autres matières...
Mon chouchou est bien ce sujet-là : "Guernica, quand l'oeuvre et le cadre ne font qu'un". J'avoue, un tableau que j'ai étudié en terminale en cours d'espagnol et qui m'avait passionnée. Passé le prime-abord un peu triste du noir et blanc, quand on apprend l'histoire de ce tableau, on arrive à en sortir quelque chose même à Tubuai, au fin fond de la Polynésie. On a abordé Picasso (trop pas contournable comme peintre pour moi) et ses périodes bleue, rose, cubiste, vu la Guerre-Civile en Espagne et ses répercussions sur l'Art espagnol et parlé du tableau et de la ville qu'il représente. Puis après, ils étaient prêts. Il fallait faire un cadre à l'oeuvre de Picasso dont je leur ai distribué une reproduction en taille raisonnable (l'original fait un peu plus de 3x7 mètres!) et leur ai dit de respecter le "style" Picasso (noir et blanc, cubisme, éléments du tableau). Après quelques hésitations (qu'est-ce qu'elle nous veut, la prof?), voici le résultat :
Pour les plus petits, je me suis lancée sur l'utilisation d'un nouveau matériau : l'encre. Ils ont bien aimé faire des tâches (z'êtes, sûre m'dame, on peut?) mais ont moins rigolé quand il fallait faire appel à leur imagination (c'est fiu m'dame) pour trouver l'image correspondante! Bon, y'a quand même eu des résultats sympas avec un peu d'aide (hum!) surtout pour ne pas avoir whatmillions de papillons!!!
Autre sujet qui a bien marché : créer un objet avec des matériaux recyclés et rester dans le thème Polynésien. J'ai laissé aux enfants deux semaines pour récolter tout un tas de choses qui pouvaient leur servir pour faire un objet élaboré et original.
J'ai bien failli me planter car le recyclage n'est pas arrivé en Polynésie et j'ai du batailler sec pour avoir des "récoltes" en nombre suffisant! Par contre, après, no soucy pour la partie création dont en voici quelques exemples (les plus beaux ont été volés!!!!! pourtant accrochés bien en hauteur... passons) :
"Tout dans la trousse" est un sujet qui avait pour but d'initier les élèves aux oeuvres dites "éphémères" : ils avaient une heure pour faire une oeuvre avec uniquement le contenu de leur trousse (à faire en début d'année quand y'a encore du contenu dans la trousse!). C'était un travail en groupe (j'vous dis pas les crêpages de chignons) et la moitié de la note résidait dans le choix judicieux des titres. Certains sont un coup de dernière minute comme le "dépotoir" qui a remporté une bonne note si mes souvenirs sont bons grâce à l'originalité et le côté "j'ai osé faire un truc risqué".
Et pour finir, une des dernières réalisations avec mes troisièmes : faire un nouveau logo pour le collège car une partie a été reconstruite et son inauguration devrait se faire prochainement (avant la St glin-glin?). Pas évident pour une non-Polynésienne de faire ressortir les icônes emblématiques de Tubuai aux natifs de cette île. Là, je me suis renseignée à droite à gauche sur l'île et sont ressortis la pieuvre, la couleur noire, le penu et le décor de "la femme couchée", notre montagne.
Les élèves se sont pris au jeu : je leur ai dit qu'ils avaient l'opportunité de créer une oeuvre qui sera certainement d'actualité passé leur mort (vu le temps qu'ils ont conservé l'ancien logo je suis tranquille!). Ils se sont vraiment investis et je peux leur dire car je sais que certains me lisent : C'EST TOP ce que vous avez fait (malgré le peu de moyens et une classe bien pourave) et MERCI en core pour ces moments passés avec vous.
Fin d'une belle histoire d'enseignement...
| Mai 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |||||
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | ||||
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | ||||
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | ||||
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||||||
|
||||||||||
Derniers Commentaires